Vadym NOVYNSKYI, le député du parti populaire, soulève le problème des changements mondiaux et des éventuelles solutions pour l'Ukraine afin de vivre dans la paix et prospérité.

Le monde d’aujourd’hui évolue avec une vitesse incroyable. Certainement, les derniers changements d’envergure ont eu lieu il y a un quart de siècle, quand s'écroulaient les unions établies entre les pays et les pays eux-mêmes, quand on a créé de nouveaux états et de nouvelles frontières. Aujourd’hui, nous assistons à une évolution de l'ordre mondial et de nouvelles tendances sur le champ politique. La démocratie libérale cède sa place aux valeurs plutôt conservatrices, limite légèrement touchées par le populisme, parfois agressif.

La victoire au scrutin aux Etats-Unis de Donald TRUMP n'est pas devenue un point de départ, à partir duquel nous pouvons commencer le décompte de cette nouvelle tendance. Encore avant Donald TRUMP il était déjà évident que le conservatisme devient progressivement une tendance dominante : ORBAN en Hongrie, DUDA et KACZYNSKI en Pologne, cas assez étrange d’ERDOGAN en Turquie, BREXIT au Royaume-Uni, les déclarations sur la «fin de l'Etat social» du roi des Pays-Bas Willem-Alexander. Dans ce cas-là, la victoire de Donald TRUMP n'a pas été quelque chose de complètement inattendu qui sortait hors du processus mondial. Tout simplement, cette victoire a privé les partisans de l’ancien modèle de la démocratie libérale du monde entier de leur principal appui. Par conséquent, nous voyons comment se déchaîne l'un des principaux idéologues de la «société ouverte» George SOROS, qui essaie de construire une opposition vis-à-vis de Donald TRUMP.

Si Hillary Clinton avait remporté la victoire aux élections des Etats-Unis, cela n'aurait pas arrêté la nouvelle tendance. Sa victoire aurait pu légèrement ralentir ce qui était déjà sur le seuil : le monde est devenu fatigué de l’ouverture excessive qui a déjà perdu sa valeur initiale et s’est transformée en mouvement d’«ouverture pour l’ouverture». Tous ces mouvements pour les droits des minorités sexuelles, d'énormes subventions pour soi-disant de « l’art », les tentatives de dépersonnaliser la société, les débats sur la «tolérance», «multiculturalisme» conduisent aux effets pervers. Pourtant, le nombre de suicides augmente dans les pays qu’on appelle « riches et civilisés » Ex., Suède, Suisse, Norvège. L’extension massive des sectes sous le prétexte des fermetures des centres religieux en Europe. Les églises et les cathédrales sont métamorphosées en boutiques et en hôtels. La destruction de l'institution de la famille. La dévaluation de la souveraineté des Etats et la création du culte des associations supranationales. Un nouveau mythe de la «perspective de l'Union européenne et l’impuissance des Etats indépendants en Europe» peut servir d’un exemple assez frappant.

Quand on dit que c’est Donald TRUMP qui est devenu la conséquence d'une certaine «rupture mentale» dans la société américaine, je voudrais contester. Non, c’est exactement Donald TRUMP qui est le témoignage du rétablissement progressif de la société. Donald TRUMP est le précurseur du retour aux valeurs traditionnelles. Son discours de Gettysburg, lancé en octobre 2016 (qui ressemble beaucoup au discours de Gettysburg d'Abraham Lincoln), a été porté sur un certain nombre de points vraiment très importants : les Etats-Unis doivent plutôt s’occuper des processus politiques à l’intérieur du pays au lieu d’imposer leur modèle de vivre à travers le monde. Il faudrait limiter le nombre des migrants, ouvrir de nouveaux postes de travail, ramener la production dans le pays, réduire le nombre d’impôts, surmonter l'influence de la couche parasitaire, les «lobbyistes de Washington», rendre à l'Amérique son ancienne gloire.

Pour les personnes comme SOROS, ce programme était égal à la mort. Il le privait, lui et ses semblables, de l'influence sur les décisions prises par la Maison Blanche et réduisait les possibilités de l'expansion dans le monde entier. La position de Donald TRUMP pourrait être résumée dans la périphrase : «S’occuper plutôt de l'aménagement intérieur de sa propre maison au lieu de se mêler dans les affaires des autres».

C'est pour cela que SOROS s'est rebellé contre la perspective évidente de l'effondrement de ses concepts. Dans la polémique avec les sénateurs John McCain et Lindsey Graham, Donald TRUMP a déclaré : «Les sénateurs McCain et Graham devraient se concentrer sur l'État Islamique, l'immigration illégale et la sécurité des frontières au lieu de penser constamment comment déclencher la Troisième guerre mondiale». Mais dans ce cas-là, tout ce qui s’est passé au cours des dernières années dans le monde, notamment au Moyen-Orient et en Ukraine, n’a plus aucun sens. (Rappelez-vous comment les médias et les politiques ukrainiens pro-gouvernementaux glorifiaient McCain et Graham comme presque principaux lobbyistes des intérêts ukrainiens à Washington ?).

«Nous ne connaissons pas exactement ce qui se passe en Ukraine», a résumé le nouveau président des Etats-Unis. Et c’est un signal alarmant pour les élites ukrainiennes, qui se sont habituées être sous la protection de l'administration américaine au cours des trois dernières années. Le pouvoir ukrainien a été confronté à un problème majeur. C’est l’absence totale de sa propre entité. Cela se passait toujours de cette façon et avec tous les régimes, qui étaient soutenus par les états extérieurs. Et il est évident qu’en Ukraine une certaine version afro-latino-américaine de la société des années 1970 a été construite. Le pays complétement corrompu, avec le budget militaire gonflé dont la majorité des fonds n’arrive jamais à destination initiale. L’économie du pays dépend complétement du FMI et sa politique étrangère de la décision du département d'Etat des Etats-Unis. Le pays frappé par une pauvreté choquante de la classe moyenne, par les répressions de l'opposition et des médias libres, par la propagande d’Etat, par l’augmentation de la criminalité et par les tentatives de remplacer l'Église canonique par une sorte de sectes (comme le dictateur Duvalier en Haïti a introduit le culte de vaudou au lieu de la religion chrétienne officielle). Donc, un tel pays ne peut pas être appelé européen.

Quelle est la solution d’en sortir ?

Et la solution se trouve dans le rassemblement des citoyens actifs et consciencieux qui continuent à croire en leur pays, à le lier leur avenir avec ce pays et qui ne pensent pas à émigrer.

Avant même que je sois devenu le citoyen de l'Ukraine, je réfléchissais au destin du pays qui a longtemps été dans un état de conflit et de guerres civiles, avec la perte de perspective par conséquence. L'individualisme des politiciens ukrainiens, la tendance à l'égocentrisme et la lutte pour « une massue » ont toujours abouti à une seule issue : TETERIA a détrôné VYGOVSKI, BRUKHOVETSKI a pris la place de TETERIA, et BRUKHOVETSKIa été remplacé par DOROCHENKO, à son tour. Ils utilisaient souvent les forces extérieures et la corruption (exemple : Mazepa après avoir acheté l’hetmanat auprès du prince GOLITSYN). Mais ce désordre sur fond des grands changements mondiaux (réfléchissez : «le temps de Ruine de l'Ukraine» qui coïncide avec l'Age d'Or en Europe, l'époque de Louis XIV, la Glorieuse Révolution en Angleterre, le développement de la Prusse, du royaume de Moscou, de Suède) a condamné l'élite ukrainienne cosaque à l'existence marginale. Le monde avançait, mais la seule question qui préoccupaient les hetmans ukrainiens était : à qui revient SAMOILOVYTCH ? Les modifications globales dans le monde se présentent dans le triomphe progressif du conservatisme sur le libéralisme démocratique, l’affaiblissement de l'influence des Etats-Unis en l'Europe de l'Est, l'effondrement de l'intégration européenne comme un nouveau paradigme idéologique pour l'espace post - soviétique, le vide dans les relations de l'Ukraine avec la Russie, créent les conditions préalables pour commencer le changement interne de la société ukrainienne.

Les trois piliers fondamentaux devront constituer la base des nouvelles politiques d’état sur lesquels vont reposer toute l'activité diplomatique, économique et sociopolitique de notre pays. Premièrement, c'est le pragmatisme économique, découlant de l'intérêt du peuple ukrainien. Ce n’est ni le FMI, ni les donateurs occidentaux qui doivent nous dicter ce qu’on doit faire, mais exclusivement les intérêts du peuple. Le pragmatisme économique est le chemin pour minimiser la pression de l'Etat sur le business, c'est la solidarité de toutes les couches de la société et la responsabilité sociale des affaires. C'est la lutte pour créer de nouveaux marchés, notamment le marché russe et les marchés des pays de l’Union des Etats Indépendants, qui sont fermés aujourd'hui pour nous. Le slogan «Enrichissez-vous !» dans les années 1920, qui a en quelques mois réussi à faire sortir le pays soviétique de la ruine et de la famine vers l’ère nouvelle de la prospérité, doit redevenir le slogan d'aujourd'hui.

Deuxièmement, c'est la réalité politique qui dicte à l'Ukraine la nécessité de l’attention prioritaire aux questions de consolidation de la société, de sortie de la crise, de transformation du système, y compris de l'adoption de la nouvelle Constitution de l'Ukraine (à propos, c'est l'opposition parmi les premières forces politiques qui a développé sa version de la Loi fondamentale). La résolution des questions sensibles avec nos voisins se trouve dans la négociation politique. Le plus important c’est d’établir la paix et le compromis dans l'Est du pays. La paix doit devenir la base du développement futur. Le pays doit quitter les rails militaires et regagner la confiance dans les relations entre les citoyens (ce qui sera extrêmement difficile à rétablir). Les citoyens doivent prendre conscience que le principal ennemi de l'Ukraine n'est pas la Russie, mais l’état acéphale et la mesquinerie de l'élite, le manque de professionnalisme des dirigeants, l'animosité interne, l'incapacité de fixer des objectifs spécifiques et l'absence de pensée critique.

Troisièmement, c’est le conservatisme équilibré. Le respect des traditions, de l'histoire, de l'Église canonique, des langues et des cultures de tous les peuples de l'Ukraine constituent la pierre angulaire. Des expériences dans ce domaine, les tentatives des politiciens de créer l'Église artificielle «de poche», d'imposer BANDERA et CHOUKHEVITCH en tant que de nouveaux héros, d’écraser la mémoire de ceux qui ont vraiment remporté la Grande Victoire, de tourner à l’envers l'histoire, ordonner quelle langue on doit parler et faire du cinéma, c'est la voie sans issue, c'est de l'extrémisme.

Ces trois composantes, j’en suis sûr, doivent être le fondement des processus de l'unification des citoyens de l'Ukraine, la base du nouveau mouvement politique.

Un merveilleux poète ukrainien des années soixante, Vasyle SYMONENKO, dans un poème dédié à l'Ukraine, a déclaré : «Que se taisent les Amériques et les Russies, quand je parle à Toi !». Nous devons apprendre à parler avec l'Ukraine, sans tourner la tête à ce qu’on tente de nous dicter de Washington ou de Moscou, de Bruxelles ou de tout autre centre politique. Oui, nous devons suivre le rythme de mainstream mondial et correspondre à l'esprit du temps, être modernes et progressistes. Mais cela ne signifie point que nous devons reprendre les erreurs du pouvoir qui se laisse porter par le courant, n’ayant pas son propre «Moi», en s’appuyant «au hasard»: «Clinton devrait gagner!», «Russie devrait se désintégrer!», «On nous donnerait un milliard de prêt!».

Le monde change. Il est temps que l'Ukraine change aussi. Qu’elle change vers le mieux. Je crois que la raison emportera enfin sur les émotions.